1.18.2010

Numéro 13 .




Comment devenir Snob ?

Samedi soir. 20h45. C'est bon on est juste à l'heure pour le film de 21h. Studio 28, coeur de Montmartre, ciné Art et Essais. C'est tellement plus "parisien" d'attendre une demi heure avant de rentrer dans l'unique salle art-déco, donc après tout, pourquoi ce priver d'une délectable attente, coincée entre deux portes vitrées et battantes de surcroit. Et puis après tout, le livre d'or du ciné est signé par Simone Signoret et Amélie Poulain y passe ses soirées. Chic-issime. Fauteuils rouges, lustres géants dessinés par Cocteau, merci Jean de nous éclairer. On attend que le film commence (pas de bandes annonces, suivez un peu, nous sommes dans un cinéma "Arts et Essais" !) Raisonne alors une mélodieuse mélodie (oui, c'est une paronomase, ignares) "Le Studio 28 vous souhaitent une bonne année ..." et le tout sur l'air de "Vive le vent" ou je ne sais plus qu'elle rengaine habituelle des débuts d'année. On croirait une mauvaise chorale de magasin de grande distribution, cherchez l'erreur. Bon, le film maintenant. Ah non, on nous tient la jambe encore 5 petites minutes : Monsieur le Responsable-Directeur-Projectionniste-Je ne sais quel poste dans le ciné nous souhaite à nouveau une bonne année, fais un peu de pub cinéphile (mais pub quand même), annonce mine de rien que Jude Law était présent hier, et nous encourage à revenir dès demain pour une avant-première. LE FILM BORDEL.

Tetro, Francis Ford Coppola. Vous irez le voir, ça vaut tous les discours de la Terre.

Dimanche soir. 20h30, Champs-Elysées-Clémenceau. Expo Monumenta Boltanski. Bon, il faut y aller, c'est comme la Fiac (manifestement, il faut y être). Rien que pour lâcher imperceptiblement dans une conversation mondaine "Toute cette conversation métaphysique me rappelle d'une façon univoque l'oeuvre de Boltanski du Grand Palais, où l'idée de finitude humaine est absolument flagrante sous cette infrastructure métallique écho de la froideur du monde animal ..." Classique. Et puis, apogée de cette pédanterie, allez enregistrer les battements de votre coeur, signer le registre et vous vanter d'avoir contribuer à l'oeuvre du grand maitre, et de maintenant faire partie de ces millions de coeurs, compilés dans une expo, sur une île japonaise. Sachez aussi que votre battement ne sera que plus admiré une fois que vous serez mort et que quelque part dans l'océan pacifique, un autre quidam écoute ce reste auditif de votre passage sur Terre. Et pour 5€, vous pourrez emporter dans votre tombe, gravé sur CD, le précieux battement.

12.07.2009

Numéro 12


"Comment tu trouves la vie parisienne ?"

On me demande ça comme si je sortais d'une salle de cinéma : "alors comment tu trouves La Vie Parisienne ?"


Je m'y habitue, comme on s'habitue à une musique de fond quand on discute avec des amis. Je m'habitue au grouillement perpetuel des autres dans les rues, aux sonneries stridentes du metro qui malgré le volume, parviennent à se faire entendre par dessus la musique de mon mp3, au bruit ambiant qui ne s'arrète jamais, pas même la nuit.


Je m'habitue à la fac, cette antre de la jeunesse estudiantine où les relations qui se tissent ne sont que superficielles et éphémères. Où les visages ne sont que croisés sans être reconnus. Où la moindre question administrative devient un des 12 travaux d'Hercule.


Je m'habitue à BabySiter (le verbe, absolument). A BabySiter des enfants qui ne voient jamais leurs parents, qui ne connaissent de l'action "jouer dehors" que la structure en plastique orange et bleue sur laquelle ils grimpent pendant une heure tous les soirs, comme environ 40 autres mioches du quartier, à babysiter des enfants pour qui il est normal de passer de mains en mains, pour qui il est normal de manger un gouter en marchant dans la rue pour aller chercher ses frères et soeurs, pour qui il est normal de prendre le métro pour aller voir un dessin animé au ciné.


Je m'habitue à devoir éplucher toute la presse gratuite pour dénicher un concert pas cher. Je m'habitue à m'y retrouver avec 40 autres personnes seulement, parce que le même soir, il y a Anaïs qui remplit le Bataclan. Je m'habitue à prendre une journée pour aller acheter un cadeau de Noel à l'autre bout de la ville. Je m'habitue à marcher les yeux rivés sur mon plan, parce que je me suis perdue. Je m'habitue.


Une sorte de supériorité s'empare de moi quand je détaille les gens du métro : vous ne semblez que connaitre votre ville, vos trajets similaires d'un jour sur l'autre, la rue de votre boulot, la rue où vous achetez une baguette avant de rentrer. Vous ne connaissez pas d'autres façons de vivre, vous parisiens. Moi, je vois la mer plusieurs fois en une année, pas seulement la première quinzaine d'août, par exemple.


11.08.2009

Numéro 11

Nouvelles d'une normande perdue en "ville".

La vie à Paris s'organise. La routine s'installe. Le lundi, je baby sit, le mardi, je ne vois pas l'jour, le mercredi je danse, le jeudi, je dors le matin, le vendredi, je bosse à la bibli.

Première exeption : jeudi soir, Le Ruban Blanc, au Cinéma des Cinéastes, avenue de Clichy.
Je partais avec un a priori : je trouve les film palmés à Cannes, trop politiquement correct, pas assez ... innovants. Je m'attendais donc à un film plat, dont les couleurs absentes ne pourraient même pas en relever la saveur. Finalement, même si les 2h30 de pélicule se ressentent malgré tout, le film est loin d'être mauvais. Mais je ne suis pas encore assez adepte du cinéma conceptuel pour apprécier le film à sa juste valeur : les fins en queue de poisson m'insuportent. Alors clairement, c'est un film naturaliste. Il n'y a pas d'histoire, ou du moins, pas d'histoire résolue. Plutot peinture des moeurs d'un temps passé, dans un village d'un régime politique passé, les incidents se multiplient. Incidents violents physiquement et surtout moralement, d'un point de vue rétrospectif. L'intrigue et l'espace oppressent, à la manière des romans d'Agatha Christie et de leur principe fondamental : "L'assassin est parmi nous." Le film n'excuse en rien l'émergence du totalitarisme en Allemagne, il en met juste à jour les ressorts. Le totalitarisme en 1913, était inscrit dans toutes les consciences.

Seconde exeption : Evénement majeur à la Sorbonne, vendredi.
Je sors de mon cours à 11h, et quelle ne fut pas ma surprise, une fois dans la rue Cousin, d'assister à un déploiement phénoménal de forces de l'ordre : mais qu'est ce qui leur prend d'un coup, à nous interdire de traverser la rue dans un sens mais pas dans l'autre ? Evidemment, je l'ai appris si tôt les infos allumées : les présidents étaient à la Sorbonne, pour je ne sais plus quelle action de la fondation Chirac. D'où ces manoeuvres de haute protection des deux hommes ... Et alors ? Kamel Ouali, que j'ai croisé dans la rue, il n'avait même pas de garde du corps ...

Troisième et dernière exeption : les bibliothèques parisiennes sont surpeuplées.
C'est tout simplement indamissible. J'ai passé mon samedi après-midi à courir les places libres dans les bibliothèques au lieu de travailler dans une bibliothèque. Une après-midi de perdue dans le métro, parcouru dans tous les sens. Pour la peine, la BNF est VRAIMENT affreuse.

10.29.2009

Numéro 10

Decouflé au Crazy Horse.
Promotion du show dans les vitrines du Printemps Haussman.
La plus grande arnaque du siècle.

21h, les danseuses du Crazy Horse font leur show dans les vitrines du Printemps annonçait la grande affiche sur les vitrines du magasin... Jeudi 29, 20h54, une foule compacte se presse devant l'unique vitrine où doit avoir lieu le show prévu. Naïvement, je croyais qu'il n'y aurait très peu de monde, qui s'interesse à Decouflé et sa nouvelle création ? Et bien manifestement, une bonne 150aine de personnes ! Alors à 20h54, je me retrouve coincée entre une asiatique et la vitre latérale de l'abri bus (non, je n'ai absolument rien contre... les vitres des abris bus). 21h, le show commence. Ponctuelles les danseuses.

J'arrive difficilement à me hisser sur le banc de l'abri bus, enfin, à hisser la jambe gauche, à me cramponner de toutes les forces de mon bras gauche au panneau indicateur digital, et de la main droite à me maintenir plus ou moins droite en m'appuyant sur la dite vitre latérale.

Je distingue donc les jolies têtes chapeautées de coiffes de gardes british des danseuses, et quelques demi douzaine de paires de seins. Ma position rocampolesque ne me permet pas de voir ce qui se passe plus bas, par conséquent, je ne distingue pas le mouvement des jambes, mais seulement le sursaut des poitrines. Les danseuses executent quelques demi-tour et changements de lignes, et au bout de quelques minutes de (semi) show, la grille métallique se referme. Sans préambule. Clac.

A ce "prix" là, heureusement que j'ai reçu le pass navigo, j'aurais eu mal aux fesses de raquer 2 tickets de métro pour quelques secondes, même pas chorégraphiques, sans plumes postérieures ni string à paillettes de danse, même signée Decouflé !

10.16.2009

Numéro 9


Ma lecture métropolitaine du moment : L'Open Space m'a tuer

Un tout petit livre aux chapitres minuscules traitant de cette ambiance si particulière qu'il fait dans les open-spaces de différentes entreprises. Ce genre d'endroits que l'on voit dans les récentes productions cinématographiques américaines en se disant : Plus tard, je serais consultant dans ce genre d'endroit, so 2009. Ces endroits sont le théâtre des pires aspects de la modernité "cadristiques" au travail. Basée sur le principe de l'auto-management, les employés, enfermés dans une salle totalement ouverte aux autres sont continuellement soumis à leurs regards, seuls juges de leur travail, de leur façon d'être au boulot.

Peut être considéré comme la version pratico-moderne, composée de saynettes cruelles, drôles mais toujours inspirés de faits réels, de Huis Clos où "l'enfer, c'est les autres".