"Comment tu trouves la vie parisienne ?"
On me demande ça comme si je sortais d'une salle de cinéma : "alors comment tu trouves La Vie Parisienne ?"
Je m'y habitue, comme on s'habitue à une musique de fond quand on discute avec des amis. Je m'habitue au grouillement perpetuel des autres dans les rues, aux sonneries stridentes du metro qui malgré le volume, parviennent à se faire entendre par dessus la musique de mon mp3, au bruit ambiant qui ne s'arrète jamais, pas même la nuit.
Je m'habitue à la fac, cette antre de la jeunesse estudiantine où les relations qui se tissent ne sont que superficielles et éphémères. Où les visages ne sont que croisés sans être reconnus. Où la moindre question administrative devient un des 12 travaux d'Hercule.
Je m'habitue à BabySiter (le verbe, absolument). A BabySiter des enfants qui ne voient jamais leurs parents, qui ne connaissent de l'action "jouer dehors" que la structure en plastique orange et bleue sur laquelle ils grimpent pendant une heure tous les soirs, comme environ 40 autres mioches du quartier, à babysiter des enfants pour qui il est normal de passer de mains en mains, pour qui il est normal de manger un gouter en marchant dans la rue pour aller chercher ses frères et soeurs, pour qui il est normal de prendre le métro pour aller voir un dessin animé au ciné.
Je m'habitue à devoir éplucher toute la presse gratuite pour dénicher un concert pas cher. Je m'habitue à m'y retrouver avec 40 autres personnes seulement, parce que le même soir, il y a Anaïs qui remplit le Bataclan. Je m'habitue à prendre une journée pour aller acheter un cadeau de Noel à l'autre bout de la ville. Je m'habitue à marcher les yeux rivés sur mon plan, parce que je me suis perdue. Je m'habitue.
Une sorte de supériorité s'empare de moi quand je détaille les gens du métro : vous ne semblez que connaitre votre ville, vos trajets similaires d'un jour sur l'autre, la rue de votre boulot, la rue où vous achetez une baguette avant de rentrer. Vous ne connaissez pas d'autres façons de vivre, vous parisiens. Moi, je vois la mer plusieurs fois en une année, pas seulement la première quinzaine d'août, par exemple.
